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Carlo Capasa (Camera della Moda) : “Je persiste à croire que nous devrions conserver quatre Fashion Weeks par an”


Si, depuis le début de la crise sanitaire, les créateurs italiens réclament un changement radical au sein du système de la mode — moins de Fashion Weeks, moins de défilés, un calendrier différent —, Carlo Capasa, le président de la Camera della Moda, l’instance dirigeante de la mode italienne, tient fermement à ses quatre rendez-vous annuels. Et souhaite maintenir le calendrier officiel dans sa forme actuelle.

Carlo Capasa – Camera Nazionale della Moda Italiana

“Je persiste à croire que nous devrions conserver la séparation entre les saisons masculine et féminine, et qu’elles devraient avoir lieu chacune deux fois par an. D’une manière générale, je crois que c’est la meilleure stratégie pour maintenir l’équilibre entre ces deux pôles. Il s’agit de deux industries différentes, avec des acheteurs, des détaillants, des fabricants distincts. C’est un fait — même si certaines marques très spécifiques souhaitent se démarquer et organiser des défilés mixtes, ce qui leur convient parfaitement”, reconnaît Carlo Capasa dans un échange avec FashionNetwork.com.

Face à la progression de la pandémie, celui-ci avait pris la décision au mois d’avril d’annuler la Fashion Week masculine prévue pour juin, avant de la remplacer en partie par la “Milan Digital Fashion Week”, qui aura lieu du 14 au 17 juillet.

Le mois dernier, un groupe de créateurs de mode mené par Dries Van Noten, avec Craig Green, Tory Burch et Thom Browne, appelait à inventer une approche plus lente, et à construire un nouveau calendrier de la mode. Cette semaine, Alessandro Michele, le directeur artistique de Gucci, s’est exprimé publiquement en faveur d’une transformation en profondeur du système. Tous suggèrent que les défilés de mode devraient avoir lieu beaucoup moins longtemps avant le passage en boutique des collections.

Mais Carlo Capasa ne se laisse pas impressionner par ces grands noms de la mode : Milan maintiendra bien les dates habituelles de ses Fashion Weeks en 2021 — prêt-à-porter masculin à la mi-janvier et en juin, prêt-à-porter féminin à la fin février et en septembre.

“Bien sûr, tout dépendra du contrôle de cette terrible pandémie. Mais nous espérons revenir à nos dates habituelles dès l’année prochaine”, explique Carlo Capasa. C’est la Camera della Moda Italiana, dont il est le président depuis 2015, qui régit et publie le calendrier officiel des semaines de la mode milanaises.
 
“Aujourd’hui, tout le monde veut changer les choses. Mais le changement doit venir de nous-mêmes. Notre système commercial a toujours très bien fonctionné, il ne faudrait pas l’oublier. Regardez le nombre de jeunes créateurs qui émergent en ce moment. Comme on dit en italien : Non buttare il neonato con l’acqua sporca (Ne jette pas le bébé avec l’eau du bain)”.

Le risque d’un show purement marketing

Carlo Capasa estime avoir mille raisons de ne pas changer les dates de son calendrier : “Je suis totalement opposé à l’idée de présenter sa collection juste avant de la vendre en magasin. D’abord, cela reviendrait à faire défiler une collection déjà vendue aux acheteurs six mois plus tôt. Le show deviendrait alors un pur événement merchandising, et plus seulement une expression de créativité. Il suffira d’embaucher un styliste et un commercial pour le préparer, le rôle du créateur lui-même perdra de son importance”, prophétise-t-il.

La première Fashion Week numérique de Milan aura lieu du 14 au 17 juillet – Camera Nazionale della Moda Italiana

“Ensuite, si on va au bout de ce nouveau système, et qu’on se base sur ce qui s’est vendu six mois plus tôt, le designer perdra une bonne partie de sa liberté créative. Et puis il est important de laisser le temps aux magazines de photographier les collections, de présenter les nouvelles tendances et d’informer la clientèle. Le consommateur final doit avoir le temps de digérer les nouvelles idées des créateurs. La presse joue un rôle important dans notre secteur. Si nous contribuons à la faire disparaître, il ne restera plus qu’Instagram. Et ce n’est pas une bonne idée”, défend Carlo Capasa.

“Le luxe s’est égaré à avoir imiter la fast-fashion”

“À la Camera, nous ne croyons pas au marketing pur. J’imagine que nos confrères parisiens pensent la même chose. L’avenir, ce n’est pas le marketing, le marketing et le marketing. L’avenir, c’est réussir à créer un rêve. Nous sommes opposés à l’idée du See now, buy now, même si elle peut fonctionner pour quelques marques. Quand Burberry ou Tom Ford se sont essayés à cette nouvelle approche, ça n’a pas très bien marché, si ?”

Mais Carlo Capasa partage l’inquiétude de Dries Van Noten au sujet des soldes et de leur impact négatif sur le système de la mode. “Oui, les détaillants ont tendance à trop anticiper la fin de la saison et à multiplier les promotions. Regardez ce qui est arrivé à Neiman Marcus. Nous devons rétablir l’idée que notre produit a une valeur. Dans le monde de la fast-fashion, la surproduction est une constante. Et peut-être que notre secteur, celui de la mode haut de gamme et du luxe, s’est égaré à vouloir l’imiter”, concède-t-il.

Mais le président de la Camera se réjouit que Gucci participe à son événement virtuel du mois de juillet — et ce, malgré l’annonce par la maison florentine qu’elle ne participera pas à la Fashion Week de septembre, qui devrait marquer le retour des défilés physiques à Milan. “Notre objectif est de fournir aux créateurs et aux marques une plateforme optimale pour s’exprimer. Qu’ils optent pour un événement numérique ou physique”.
 
D’ailleurs, Carlo Capasa rappelle que le format numérique de la Fashion Week de juillet découle du projet innovant initié par la Camera en février dernier. À l’époque, face à l’impossibilité des acheteurs et des journalistes chinois de se rendre à Milan, l’organisation avait improvisé la campagne “China, we are with you“, qui diffusait des défilés en direct, des interviews en coulisses et des contenus exclusifs pour le public chinois.

Regrouper des événements sur une semaine, une façon d’en limiter l’empreinte carbone ?

“Au cours de la dernière saison, notre diffusion numérique à destination de la Chine a réussi à toucher 25 millions de personnes. Un résultat plutôt concluant, à mon avis”, se félicite Carlo Capasa.

Autre argument en faveur du maintien du statu quo : selon le président de la Camera, regrouper plusieurs collections en une seule Fashion Week, c’est un moyen efficace de réduire l’impact environnemental du secteur. “Organiser 50 défilés en même temps permet de limiter notre empreinte carbone, plutôt que tout le monde parte assister à des défilés disséminés aux quatre coins du monde. C’est logique”, soutient-il. 

Outre Gucci, Zegna a également confirmé sa participation à la saison milanaise du mois de juillet, avec un événement “phygital”. Selon Carlo Capasa, probablement “30 à 40 marques” prendront part à l’événement. Quant à l’édition du mois de septembre, il prédit un savant mélange de présentations numériques et physiques.

“Je suis très attaché à la liberté des créateurs — il faut garder une forme de souplesse pour accompagner l’air du temps. Les marques seront libres de faire ce qu’elles veulent. Certaines organiseront un défilé avec peu de public, d’autres une présentation virtuelle, d’autres encore diffuseront un film ou simplement une visite vidéo. À elles de décider si elles auront besoin d’une minute ou de trente pour exprimer leurs idées.”

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