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Confinés à Milan, Dolce & Gabbana présentent leur opération “DGfattoincasa”

Voilà trois décennies que Domenico Dolce et Stefano Gabbana influencent la mode mondiale, d’un point de vue esthétique mais aussi commercial.

Domenico Dolce et Stefano Gabbana – Photo : Dolce & Gabbana – Dolce&Gabbana

Une allure sicilienne, à la fois vaporeuse et chic, digne des stars du cinéma italien ; des vêtements d’intérieur, nuisettes et robes de chambres, portés sur les tapis rouges ; des campagnes publicitaires ultra suggestives ; l’art du tailleur porté à son paroxysme — en un mot, un vestiaire reconnaissable, opulent et coloré : voilà qui pourrait expliquer l’impact inédit de Dolce & Gabbana sur la mode contemporaine.

Résolument affranchis, Dolce & Gabbana se refusent à figurer sur le calendrier officiel des défilés de Milan. Ce qui ne les empêche pas d’organiser les défilés les plus mémorables de la saison italienne, le samedi pour le prêt-à-porter masculin, le dimanche pour le prêt-à-porter féminin. Depuis 15 ans, leurs shows se déroulent devant un parterre d’invités VIP, sur un podium construit sur mesure dans l’ancien cinéma Metropol, dans le centre de la ville.

Le duo réfléchit actuellement à son calendrier des prochains mois, les saisons de Haute Couture ayant toutes été annulées en Europe. À la mi-juillet, la marque participera probablement à la Milan Digital Fashion Week, une manifestation numérique sans précédent, dont le format exact est encore en cours d’élaboration.

Tout au long de leur carrière, Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont presque ouvertement courtisé la controverse, entre publicités aux messages hasardeux et opinions pour le moins discutables, allant même jusqu’à suggérer publiquement que les enfants nés grâce à la fécondation in vitro étaient “synthétiques”.

Entrepreneurs audacieux, les deux créateurs ne se sont pas contentés de transformer leur jeune label D&G en une énorme entreprise : il y a dix ans, ils ont changé de cap et lancé Dolce & Gabbana Alta Moda, une nouvelle ligne dont les défilés et les collections rivalisent depuis avec les podiums de Haute Couture parisiens. Chaque hiver, ils présentent leur défilé Alta Moda à Milan, puis en juillet aux quatre coins de l’Italie — tour à tour dans un palais vénitien, le centre-ville de Naples, ou encore sur une plage privée à Capri. Et malgré l’interruption de D&G en 2011 et la montée en gamme de la marque, l’activité de la société n’a cessé de se développer depuis. La maison — qui n’appartient à aucun groupe — a réalisé un chiffre d’affaires de 1,38 milliard d’euros au cours du dernier exercice, qui a pris fin au mois de mars. Comme tout le monde, les deux chefs d’entreprise prévoient une année 2020 difficile. Dans une interview au quotidien turinois La Stampa, Dolce et Gabbana préviennent qu’ils s’attendent à “essuyer de grosses pertes” à cause de la crise sanitaire.

Dolce & Gabbana Printemps-Été 2020 – Photo : Dolce & Gabbana – Dolce&Gabbana

Si les deux créateurs n’ont pas échappé aux mesures de confinement appliquées par la plupart des gouvernements européens, leur maison ne s’est pas endormie pour autant : ouverture d’un magasin fraîchement rénové sur Canton Road à Hong Kong, et lancement d’une nouvelle campagne publicitaire avec l’actrice Sofia Vergara, pour le sac Devotion, dont les recettes serviront à soutenir la recherche sur le Covid-19.

Leur dernier projet, DGFattoincasa (“Fait maison” en VF), est une série de courtes vidéos sur les métiers de la mode italiens, chers au cœur de Stefano et Domenico. C’est aussi un jeu de mots astucieux sur la tradition de l’atelier à la maison — en Italie, de nombreux artisans qualifiés créent des objets rares, à la main, dans la chaleur de leur foyer. Ce mois-ci, Dolce & Gabbana ont mis en scène une série d’ateliers numériques, invitant les amateurs à apprécier les savoir-faire et les techniques de ses artisans. Le projet DGfattoincasa s’est par ailleurs associé à une plateforme de financement participatif afin de soutenir  la Fondazione Humanitas Per La Ricerca, une fondation pour la recherche médicale. Dans un deuxième temps, ce sont des célébrités qui ont rejoint DGfattoincasa, avec Helen Mirren puis Monica Bellucci.

FashionNetwork.com a pu échanger avec le duo créatif, encore confiné à Milan, pour en savoir un peu plus sur leurs projets et sur leur état d’esprit face à la crise planétaire.

FashionNetwork.com : Où êtes-vous actuellement ?

Stefano Gabbana et Domenico Dolce : À la maison, comme tout le monde. On essaie de garder notre routine habituelle, sinon ce serait le chaos ! Nous partageons ce moment avec nos proches, avec lesquels nous échangeons tous les jours via Facetime. Nous passons nos journées à travailler, à réaménager notre intérieur, à cuisiner, et à méditer sur ce qui se passe. En essayant de rester positifs et de ne pas nous laisser décourager par le décompte quotidien des victimes de la pandémie. Parfois, on aimerait ne pas les lire… mais il faut rester attentif à ce qui se passe dans le monde.

FNW : Comment avez-vous eu l’idée de votre nouveau projet, DGFattoincasa ?

SG : On a beaucoup réfléchi sur la situation que nous vivons actuellement, et sur l’endroit où nous la vivons : à la maison. Pour nous, Italiens, il n’y a qu’une maison, c’est une notion fondamentale. Aujourd’hui, le monde entier redécouvre sa maison — un lieu de vie, de partage, un espace de travail et de créativité — et cet état d’esprit n’est pas près de disparaître. Pour nous, il était intéressant de mettre en lumière cette valeur typiquement italienne, liée à nos racines personnelles, au Made in Italy et à notre artisanat.

DD : Nous voulions raconter tout cela par le biais de contenus vidéo publiés sur notre chaîne Instagram. Nous avons demandé à des artisans, des amis, des chanteurs et des collaborateurs de réaliser des vidéos avec leur téléphone, pour créer une série de rendez-vous accessibles facilement à tous ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux.

SG : Ceux qui participent au projet peuvent montrer ce qu’ils veulent — une pâtisserie, un ouvrage au crochet, une peinture, une aquarelle… On peut les voir jardiner ou faire du pain. L’important est de fabriquer quelque chose, de livrer une partie de soi-même en créant quelque chose. En racontant un sentiment, une émotion, une belle histoire, surtout dans une période comme celle-ci. En ce moment, nous ressentons tous le besoin d’être ensemble, malgré l’obligation d’être confiné chez soi, séparé de ses proches.

SG & DD : Le vieux concept de casa-bottega, ça vous dit quelque chose ? C’était l’idée d’une maison-atelier, de deux espaces réunis sous un même toit. Quand la magie du “fait main” se mêlait à la chaleur de la famille. Ce projet, c’est pour nous un moyen de ressusciter cette émotion, ce sentiment de partage qui fait partie de nous et de notre ADN depuis toujours. Sans oublier que DGfattoincasa a pour objectif de soutenir la recherche contre le Covid-19 par le biais d’une collecte de fonds au bénéfice de la Fondazione Humanitas Per La Ricerca, également financée par la Banca Intesa Sanpaolo. Ce qui nous rend d’autant plus fiers et heureux de ce projet.

Le lookbook Dolce & Gabbana Printemps-Été 2020 – Photo : Dolce & Gabbana – Dolce&Gabbana

FNW : La crise sanitaire a-t-elle affecté votre créativité ?

DD : La créativité fait partie de notre vie. Pendant le confinement, nous avons continué à travailler, à élaborer de nouvelles solutions, à dessiner… Les contacts humains nous manquent, évidemment, tout comme la possibilité de se projeter dans un calendrier, mais on continue coûte que coûte ! L’autre jour, je discutais avec Stefano et nous avons commencé à examiner des échantillons de cuirs d’anciennes collections, et ça nous a donné des idées sur ce qu’on pourrait en faire aujourd’hui. Et puis on s’est concentrés sur les réseaux sociaux, en développant notamment le projet #DGfattoincasa. Je crois que nous avons trouvé un moyen de rester “connectés”, comme on dit aujourd’hui, avec nos clients et nos amis les plus proches… La créativité est au cœur de notre travail.

FNW : La mode va-t-elle changer après le Covid-19 ?

DD : À notre avis, la mode finira par se remettre de la crise, et retrouvera le rythme et la saisonnalité qui l’ont toujours caractérisée. On pourra à nouveau acheter un manteau en décembre et un tee-shirt en juillet ! Honnêtement, on a hâte que ça arrive. Les collections elles-mêmes seront aussi réduites : on produira moins, mais mieux. Le label “Made in Italy” est synonyme de qualité et de beauté, et ça ne se limite pas à la mode : le monde entier admire notre histoire, notre gastronomie, notre culture et notre héritage artistique.

SG : La mode se doit de refléter la réalité, suivre les désirs du public qui, désormais, sont encore plus changeants, ce qui est compréhensible. Il est difficile de faire des prévisions à long terme — de notre côté, nous ferons ce que nous jugerons le plus approprié. En ce moment, les gens n’ont pas un grand désir de consommer, et cela doit être respecté.

Des artisans de Dolce & Gabbana au travail – Photo : Dolce & Gabbana – Dolce & GabbanaFNW : Certains pensent même que la pandémie fournit l’occasion de faire table rase et de repartir à zéro.

DD & SG : De notre côté, nous n’apprécions guère le concept d’un bouton de réinitialisation qu’il suffirait de presser pour tout arranger. Nous devons reconnaître les conséquences de nos actes. Effacer ce que nous avons fait dans le passé serait une erreur. Notre mode et notre travail sont le résultat de nos choix et de nos parcours. Évidemment, il est important de nous remettre en question, de comprendre ce que nous pouvons améliorer ou simplement d’agir différemment, mais il ne faut jamais renier notre passé.

FNW : Qu’allez-vous garder (ou non) de cette période ?

SG : À mon avis, nous n’oublierons rien de cette période de notre vie. Nous avons traversé des mois surréalistes, avec des sentiments changeants et contrastés. Parfois, j’avais peur, mais à d’autres moments — aussi étrange que cela puisse paraître — j’ai ressenti une énergie nouvelle à l’intérieur de moi, le désir de recommencer, de m’impliquer, de retrouver l’enthousiasme de nos premières années de travail, quand il n’y avait que Domenico et moi dans notre atelier. Ici, en Italie, on est comme ça. On ne se retient pas, on n’a pas peur de travailler encore plus et de faire des sacrifices.

DD : En 36 ans de carrière, nous avons surmonté beaucoup d’obstacles, et celui-ci n’échappera pas à la règle. Je ne pense pas qu’il soit possible d’oublier quoi que ce soit de cette période difficile. De nouvelles idées apparaissent, le système change, et nous aussi nous évoluons. C’est la vie, c’est normal. L’important, c’est d’aller de l’avant, de ne pas perdre notre positivité et de rester ensemble. D’ailleurs, redonner vie au concept de “fait main”, de “DIY”, en ce moment où il n’y a pas d’autres alternatives, c’est une vraie satisfaction pour nous. À notre avis, il s’agit d’une clé qui va nous permettre de tirer quelque chose de bon de cette période.

FNW : Quand prévoyez-vous d’organiser votre prochain défilé ?

SG & DD : Le plus tôt possible, c’est ce qu’on espère. Dans la communauté de la mode — créateurs, acheteurs, journalistes confondus — c’est un besoin vital ! Les défilés incarnent le rêve de la mode, personne n’a encore trouvé d’alternative satisfaisante. Pour l’instant, nous nous adaptons à la situation actuelle, nous continuons à travailler et nous apprenons à vivre dans une nouvelle réalité. Toujours pétris d’amour pour la beauté, pour l’authenticité et pour le Made in Italy que nous devons défendre à tout prix.

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