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En Espagne, un créateur fait le pari de la haute couture dans son village natal


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AFP

Publié le



3 févr. 2021

Espoir de la mode, Nicolas Montenegro a été formé à Milan et a dessiné des vêtements pour Beyoncé ou Rosalia. Mais la pandémie a amené ce jeune créateur à revenir dans son village natal en Espagne pour y lancer sa marque.

Le styliste espagnol Nicolas Montenegro devant ses créations à Seville, le 29 janvier 2021. – AFP

Loin des capitales de la mode, ce couturier de 31 ans, qui a fait ses armes chez Dolce & Gabbana, reçoit l’AFP à La Lantejuela, village de 3.800 habitants près de Séville (sud).

Sur la table de travail, des croquis et des échantillons de tissus -crêpe, velours, taffetas. Dans l’atelier, des robes de mariées, des bobines de fils colorés fabriqués localement, des photos de famille et même un jambon, produit central en Espagne. Ses trois employées, habitantes du village, découpent les tissus et font des patrons.

“Pas besoin d’être physiquement dans une grande ville” grâce aux nouvelles technologies, dit avec assurance ce créateur svelte au regard pétillant.

Après un passage au prestigieux Istituto Marangoni de Milan, Nicolas Montenegro a passé quatre ans chez Dolce & Gabbana, habillant notamment Madonna, Beyoncé, Kylie Minogue, Monica Belluci et même Melania Trump.

De retour en Espagne en 2018, il travaille à Barcelone pour la griffe Yolancris et dessine la spectaculaire robe en tulle plissé rose portée par la pop star espagnole Rosalia aux Grammys Latinos.

Collections en ligne

Mais tout bascule en mars dernier avec la pandémie et le confinement. Après avoir passé 14 ans loin de son village natal, le créateur y revient pour passer plus de temps près de son père alors atteint d’un cancer puis emporté par le coronavirus en novembre.

Le styliste espagnol Nicolas Montenegro dans son atelier à Lantejuela, près de Séville, le 27 janvier 2021. – AFP

“Encouragé” par ce père, entrepreneur d’origine modeste, Nicolas Montenegro décide finalement de rester et de lancer sa marque dans le village, dessinant une première collection de robes de mariées, baptisée “Abril”.

Des robes sobres, élégantes, vendues 2.500 euros pièce en Espagne, au Royaume-Uni et en Grèce, imprégnées de son goût pour le vintage.

Il prépare désormais une collection automne-hiver de prêt-à-porter principalement féminin, inspiré des tapisseries ornées de cerfs, de tigres et de paons ramenées par son père de son service militaire dans l’ancienne colonie espagnole du Sahara occidental en 1971.

Une collection qui sera lancée en mars à Madrid et surtout en ligne, pandémie oblige. Ce que le jeune créateur considère comme un avantage. “Dans les défilés, tout va si vite -Chanel, Dior, etc.- que vous n’avez pas le temps d’en profiter avant que tout le monde oublie”, juge-t-il.

“J’ai lancé la collection de robes de mariées en ligne, j’ai fait une vidéo promotionnelle, et chaque robe avait sa vidéo”, explique-t-il.

Un choix beaucoup plus “fonctionnel”, défend Nicolas Montenegro qui a fait le pari de la mode féminine, contrairement à d’autres créateurs espagnols, comme Arturo Obegero, Archie Alled-Martínez ou la griffe Oteyza qui ont présenté à la Fashion Week de Paris des pièces masculines ou genderless.

Palomo Spain, une référence

L’ouverture de son atelier a permis de dynamiser l’économie d’un village, dévastée comme ailleurs par la pandémie, qui possède un savoir-faire remontant à plusieurs générations de couturières expertes en robes de flamenco ou en vêtements pour enfants.

Le styliste espagnol Nicolas Montenegro travaille sur une création dans son atelier, le 27 janvier 2021 à La Lantejuela, près de Séville. – AFP

“Vu la situation, il nous aide tous beaucoup”, car “il n’y a rien d’autre” dans le village, juge l’une des employées de l’atelier, Estefanía Ponce, mère de famille de 38 ans.

Sa philosophie, Nicolas Montenegro la partage avec Alejandro Palomo, jeune créateur de 28 ans à la tête de la marque Palomo Spain qui a lui aussi ouvert son atelier dans sa ville natale de Posadas, à 75 km de La Lantejuela.

“Sans le village, nous ne serions personne”, dit-il, en saluant le travail de son confrère, combinaison réussie de traditions espagnoles et de modernité grâce auquel le monde de la mode “regarde à nouveau” l’Espagne “à l’étranger”.

Par Álvaro VILLALOBOS, à La Lantejuela (España), le 3 févier 2021 (AFP)

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