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Jérôme Dreyfuss monte au créneau pour mieux défendre la filière cuir


Discret, bien que présent dans l’univers de la mode depuis 1998, année où il sort sa première collection de prêt-à-porter féminin, Jérôme Dreyfuss se lance dans l’accessoire en 2002 avec sa marque de maroquinerie éponyme. Moelleux, souples et au tannage végétal artisanal, ses sacs baptisés de prénoms de garçons connaissent très vite le succès. Jérôme Dreyfuss c’est aujourd’hui un réseau de plus de 300 points de vente dans le monde et trois boutiques en propre à Paris (rue Jacob, IVe – rue Saintonge, IIIe et Galerie de Valois dans les Jardins du Palais Royal, Ier).

Jérôme Dreyfuss, créateur de la marque éponyme.

 
Pour autant, la pandémie n’a pas épargné la marque qui continue malgré tout de croître. “Cette année, notre e-shop a connu un vif succès voyant ses ventes multipliées par trois, confie Jérôme Dreyfuss. Mais cette crise sans précédent renforce nos convictions : produire moins pour ne pas pousser à la consommation, réduire le nombre de collections annuelles, promouvoir les matériaux issus d’une agriculture raisonnée. Nous avons éliminé 60 % des modèles prévus, j’espère que nous pourrons nous y tenir et arrêter d’être dans la course. Nous n’avons pas besoin de nouveautés tous les deux mois. Le confinement nous a permis de nous réinventer : nous avons shooté notre campagne de l’automne-hiver dans la forêt de Fontainebleau, en équipe réduite. Du côté de nos équipes, à Paris, le télétravail a été un succès. J’ai envie de ça à présent, d’offrir une meilleure qualité de vie à mes salariés, d’arrêter de leur presser le citron. Pour autant, je suis lassé d’entendre tout et n’importe quoi sur les prétendus ravages du cuir sur planète et j’ai eu envie de prendre la parole.”
 
Pas donneur de leçons, le créateur se veut surtout le porte-parole de toute une filière, celle du cuir qui fait vivre 130.000 personnes en France. Mais aussi celle d’artisans auxquels il confie la fabrication de ses sacs et des ses souliers, qu’il a lancés en 2013. “Nos cuirs best-sellers noirs, en cuir bubble et chèvre brillant, sont réalisés dans le Tarn à Graulhet et à Mazamet, explique t-il. Quand nous sommes allés voir ces tanneurs français, il y a presque vingt ans, leurs usines étaient sur le point de fermer. Nous avons demandé d’utiliser un tannage végétal sur ce fameux cuir bubble. Celui-ci a connu un vif succès et a été très copié. Un mal pour un bien car cet engouement a permis de relancer la machine. Le cuir français, c’est ça ! Ce sont les artisans. Ils ont un courage admirable, ils sont remontés en selle et aujourd’hui, ils prospèrent et œuvrent pour les grands noms du luxe. Toutes nos peaux sont tannées en France et en Italie. Mais nous travaillons aussi avec des artisans dont les ateliers sont situés en France, en Italie, en Inde, au Maroc, en Tunisie. Nos souliers sont façonnés au Portugal. Pourquoi pas uniquement en France ? Parce qu’il est plus prudent de ne pas concentrer sa production dans une seule usine ou un seul pays. Enfin, le bien-être des salariés fait également partie de nos engagements sociaux. Les ateliers avec lesquels nous travaillons sont à taille humaine, comptant une centaine d’artisans maximum. Chaque saison, nous leur garantissons un minimum de commandes.”

Collection Jérôme Dreyfuss Automne/Hiver 2020-2021.

 
Expert du cuir, Jérôme Dreyfuss informe aussi pour qu’on “arrête de diaboliser les clients du cuir”. “Chacun est libre d’acheter un sac en veau, en chèvre ou en agneau, ou de lui préférer un modèle en toile. Voire en plastique, poursuit-il. Mais il est important d’acheter en connaissance de cause et de ne pas se laisser influencer par des informations erronées.”

Ainsi, il rappelle que le cuir est issu de l’industrie agroalimentaire qui génère chaque année 17 millions de kilomètres carrés de peau. La mode en réutilisant une grande partie, tout comme l’ameublement, l’automobile… “Non, les vaches, les chèvres et les agneaux ne sont pas élevés pour finir en sac à main, mais dans nos assiettes ! De plus, si elle est bien entretenue, la peau animale a une durée de vie extrêmement longue. Nous travaillons chaque jour à l’allonger un peu plus en ne gardant que les matériaux de qualité, en favorisant le tannage végétal et en proposant des réparations”, assure t-il.
 
Décrié face à la montée du mouvement vegan, le créateur tient aussi à expliquer pourquoi les cuirs de synthèse se révèlent plus polluants. “Ils sont souvent recouverts de polyuréthane, issu de l’industrie pétrolifère, explique t-il. Sur le papier, les cuirs dit vegan en galettes de maïs ou épluchures de pomme sont formidables. La réalité ? Ils sont pelliculés de PU. Sans cela, ils n’auraient aucune résistance et ne pourraient être utilisés pour façonner des cabas ou des baskets.”
 
Faire toujours mieux, voilà son crédo. “La filière du cuir travaille à une grande transparence et les bovins sont tracés, permettant de remonter toute la chaîne, de leur naissance à leur transformation. Pas les ovins, leur laine trop épaisse empêche encore le marquage, explique t-il. La seule chose sur laquelle nous n’avons aucune visibilité reste l’abattage. Les éleveurs eux-mêmes ne savent pas dans quelles conditions leurs bêtes sont tuées puisque les abattoirs dépendent de l’état, et non de l’industrie. Nous exigeons l’élevage en plein air, qui représente déjà une garantie de qualité. Mais nous ne pouvons pas aller plus loin, nous n’en sommes pas en mesure aujourd’hui. Notre expertise nous permet d’évaluer la qualité des peaux, de rejeter celles d’animaux malades ou gavés d’antibiotiques. Concernant les peaux précieuses, encore très controversées, nous avons définitivement arrêté le crocodile mais continuons, dans des quantités moindres, d’avoir recours au python. C’est le seul animal à ne pas être élevé pour sa viande mais dont l’abattage est régi par la convention de Washington. Toutes les provenances des peaux sont mentionnées sur notre site, ainsi que leur lieu de tannage.”

Collection Jérôme Dreyfuss Automne/Hiver 2020-2021.

 
Enfin, si Jérôme Dreyfuss œuvre dans l’univers de la mode, il s’efforce de créer des basiques. “Prenez un Billy de 2005, un Twee ou un Momo de 2011, ils ne sont pas démodés. Ne pas être démodé, mais jamais trop à la mode, c’est ça l’idée ! Au-delà du côté écologique, instaurer des classiques donne une valeur à la création. Nous n’arrêtons pas de nous gargariser de travailler dans le luxe, mais qu’est-ce-que le luxe ? Le temps. Le temps de créer, de bien faire. Mon métier n’est pas d’aller fanfaronner sur les tapis rouges mais de rester dans mon atelier. Je me bats pour mettre en avant le produit et je m’efforce d’en développer moins. Chaque saison, nous reconduisons 40 % de modèles déjà existants. Et je garde en tête qu’un sac à 500 euros, c’est une somme.”
 
Bien sûr, l’idéal serait de stopper cette surconsommation et d’arrêter de faire des sacs. “Mais j’aime trop ça !, répond le créateur. Alors je poursuis le chemin emprunté, celui d’une production raisonnée et réaliste pour éviter le gaspillage et ne pas pousser à la surconsommation. Au fur et à mesure que nous grandissons, nous soulevons de nouveaux problèmes à résoudre. Par exemple, j’aimerais être plus irréprochable sur les conditionnements : nos sacs, bien que stockés à plat pour un gain de place, sont emballés dans du plastique. Ils sont vendus dans des tote bags en tissu mais même ça, ce n’est pas irréprochable. Il faut les porter 173 fois pour que leur impact carbone soit inférieur à l’émission de CO2 pour la production d’un sac plastique ! Et puis il nous reste à nous attaquer au problème du transport. La route est longue…”

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