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Le couturier Pierre Cardin est décédé à l’âge de 98 ans


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29 déc. 2020

Couturier avant-gardiste adepte du style futuriste et pionner du prêt-à-porter, Pierre Cardin est décédé le 29 décembre dans la matinée à l’hôpital américain de Neuilly, à l’âge de 98 ans, a annoncé sa famille à l’AFP. Il laisse derrière lui un empire pesant 525 millions d’euros, selon le magazine Challenges, et regroupant des centaines de licences à travers le monde.

Pierre Cardin – Bertrand Guay / AFP

Le couturier français, né à San Biagio di Callalta, près de Venise, le 2 juillet 1922, s’est rapidement imposé comme une figure emblématique des années 60, aux côtés de Paco Rabanne et André Courrèges, avec des collections inspirées de l’univers spatial. Grâce à son esprit visionnaire, Pierre Cardin a été le fondateur du prêt-à-porter et du développement en licence dans des domaines parfois très éloignés de la mode, un choix qui a souvent suscité railleries et reproches de la part de ses pairs.

Découpes de formes graphiques, épaulettes militaires, jupes suspendues à des hauts en métal, robes bulles et cerceaux, chasuble à découpe hublot, couleurs vives associées aux tons argentés, voilà le style Cardin. Des vêtements semblant tout droit sortis d’une autre galaxie, imaginés par un couturier intrigué par la science-fiction et l’exploration spatiale. Un monde qu’il finit par approcher en 1971 en étant le premier civil à revêtir une combinaison spatiale, celle de Buzz Aldrin.

Des débuts dans le monde fantasque du théâtre

Arrivé à Paris en 1945, Pierre Cardin suit une formation classique chez Jeanne Paquin et Elsa Schiaparelli, avant d’intégrer la maison de Christian Dior et de participer à la confection du fameux tailleur Bar. Il prend son envol en 1950, alors âgé de 28 ans, en fondant sa propre maison.

Installé au numéro 10 de la rue Richepanse à Paris (devenue depuis la rue du Chevalier-de-Saint-George, ndlr), Pierre Cardin commence par proposer des vêtements et masques de théâtre, influencé par sa rencontre avec Jean Cocteau en 1946 qui lui confie la réalisation des costumes de son film La Belle et la Bête.

C’est en 1953 qu’il présente sa première collection et, dès l’année suivante, il remporte un franc succès avec sa robe bulle, première pièce témoignant de son goût pour les formes géométriques. Il ouvre dans la foulée sa première boutique dédiée à la femme, baptisée “Eve” , rue du Faubourg Saint-Honoré, puis une seconde, en 1957, “Adam”, cette fois consacrée à l’univers masculin.

Les années 60 marquent un tournant dans la carrière de celui qui martelait : “Je fais de la mode, c’est ma drogue”. Lancement du prêt-à-porter féminin en 1959 au Printemps, et masculin l’année suivante, une collection portée par des étudiants lors du défilé car les mannequins hommes n’existent pas encore à l’époque, développement de l’enfant en 1966, introduction des matières synthétiques et création du business model des licences.

Deux pièces de l’exposition consacrée à Pierre Cardin au Brooklyn Museum en 2019. – AFP / TIMOTHY A. CLARY

“Mon grand trait de génie, c’est le prêt-à-porter alors qu’il n’y avait que la haute couture qui fait tout le temps perdre de l’argent. On me disait que ça ne durerait pas deux ans. J’ai foncé à pleins blocs en croyant à mon idée. On m’a critiqué, on m’a imité”, a déclaré le couturier en 2012 lors d’une conférence donnée devant les élèves de Sciences Po Paris.

Le roi de la licence

Son engagement et sa vision du marché  lui ont valu d’être vivement critiqué par ses confrères et d’être renvoyé de la Chambre syndicale. Mais Pierre Cardin sait ce qu’il veut “devenir une marque, car une griffe ça disparaît au bout de trois mois, alors qu’une marque ça reste”. Il entreprend alors de développer sa marque via les licences : papiers peints, cigares, eau minérale, vaisselle… tout ou presque y passe. Ainsi, le nom Pierre Cardin envahit plus de cent pays et se retrouve sur un tas d’objets.

Pour sa conquête de l’international, Pierre Cardin a misé sur des shows extraordinaires en défilant en plein désert de Gobi, à bord d’un porte-avion à Tianjin en Chine, sur la Place Rouge à Moscou avec plus de 200.000 personnes, une première sur le territoire russe, dans la prestigieuse Villa Médicis à Rome ou encore au Palais Blanc à Belgrade. Plus récemment, en 2016, il a investi l’Institut de France pour une rétrospective de ses 70 années de création, une exception accordée au couturier français qui était le seul de la profession à siéger à l’Académie des Beaux-Arts depuis 1991.

Dans les années 70, Pierre Cardin élargit son domaine de création à d’autres univers. Il se met au design, à la confection de bijoux, aux parfums et s’aventure même dans le domaine de la restauration en devenant le propriétaire du célèbre restaurant Maxim’s à Paris en 1981.

L’influenceuse espagnole Joana Sanz avec un modèle de lunettes Evolution 8. – Pierre Cardin

L’homme touche-à-tout est également un féru d’art. En 1970, il ouvre dans la capitale sa fondation réunissant peintres, sculpteurs et metteurs en scène, une institution qui sera finalement récupérée par la ville de Paris en 2016. Il s’offre aussi un musée baptisé “Passé-Présent-Futur”, installé à Saint-Ouen en 2006 puis transféré en 2014 à Paris dans un espace de 1.000 mètres carrés situé au 5, la rue Saint-Merri. Un lieu qui retrace la “passion créatrice” du couturier français à travers 200 modèles de haute couture et des meubles design.

Le couturier est allé jusqu’à s’acheter aux débuts des années 2000 le château du marquis de Sade à Lacoste, dans le Vaucluse, ainsi qu’une trentaine de maisons dans la même commune en vue d’y organiser des événements culturels. Des acquisitions qui ont donné lieu à de vives tensions avec les habitants.

Un indépendant parmi les grands groupes

Pierre Cardin était à la tête d’une affaire estimée à 525 millions d’euros par Challenges en 2020. Il présentait de manière épisodique ses collections ces dernières années, mais continuait de faire vivre sa maison notamment grâce aux revenus des licences.

En juillet 2019, Le Brooklyn Museum de New York consacre à Pierre Cardin sa première grande rétrospective depuis trente ans. L’exposition, baptisée Pierre Cardin: Future Fashion, a ainsi permis de redorer l’image d’un couturier souvent critiqué.

Celui qui a compris mieux que personne le “prix d’une marque”, en vendant bien avant les autres les droits de son exploitation sur toute une batterie d’articles, faisait pourtant peu cas des critiques qui lui étaient adressées. Lui se félicitait d’avoir “seul, sans financier, sans banque, sans conseiller, réussit une affaire”. Là où d’autres grands noms de la mode ont depuis rejoint des multinationales du luxe.

Lucile Deprez
 

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