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Paris Fashion Week Online : un mariage réussi entre danse, art et nostalgie



On a beaucoup parlé — et à raison — du mariage de la mode et des beaux-arts à la Fashion Week de Paris, la première saison exclusivement numérique de l’histoire de la mode masculine. Si la mode est généralement considérée comme un art appliqué, jamais son écart avec les beaux-arts n’avait paru aussi ténu que dans cette série de présentations virtuelles.

 

Commençons par Berluti. La célèbre maison a dévoilé une conversation Zoom fort instructive entre son directeur artistique Kris Van Assche et l’artiste céramiste Brian Rochefort, axée sur le pouvoir et l’influence de la couleur, et sur la façon dont la marque française a employé les teintes éblouissantes de l’artiste dans sa collection Printemps-Été. On a pu découvrir les bols et les sculptures spectaculaires de Brian Rochefort, qui nous a raconté ses méthodes pour obtenir l’effet maximum de chaque pigment, en expérimentant des dizaines de dégradés et de textures.

“C’est exactement la même chose pour la patine de nos chaussures. Un brun n’est jamais seulement un brun, mais l’accumulation de 25 nuances de brun”, remarque Kris Van Assche.

Les sculptures très organiques de Brian Rochefort ressemblent à des anatomies extraterrestres futuristes aux textures lunaires. Des éruptions volcaniques, des vaisseaux cylindriques incrustés de roches en Technicolor craquelées. Le tout intégré avec une grande subtilité par Kris Van Assche, sur les plus belles chemises de la saison parisienne. Les finitions craquelées de l’artiste sont même reproduites sur un nouveau modèle de chaussure Berluti.

Il s’agit de la première collaboration du designer belge depuis qu’il a rejoint Berluti il y a deux ans. Les fruits de sa rencontre avec Brian Rochefort sont absolument splendides, surtout quand ils sont portés avec le costume langoureux que Kris Van Assche a développé depuis son arrivée dans la maison.

“En ce moment, je pense que le public a besoin d’un peu de réconfort. Les gens sont inondés de toutes sortes d’informations sur les réseaux sociaux. Parfois, il vaut mieux s’en détourner un peu et prendre plaisir à célébrer les couleurs ou à admirer des œuvres d’art, très loin du concept un peu déprimant qui sous-tend l’art contemporain”, conclut Brian Rochefort.

Issey Miyake a choisi un trio de danseurs pour exécuter des pirouettes, habillés de grandes vestes déconstruites de la ligne Homme Plissé, de pantalons à cordons et de shorts coupés dans des associations éblouissantes d’orange, d’orchidée ultraviolette, d’améthyste et d’anthracite strié. L’exubérance des danseurs laisse deviner le confort de la collection, qui pourrait prétendre au titre de la meilleure palette de couleurs de la saison. Pas étonnant qu’ils l’aient nommée Meet Your New Self (Rencontre ton nouveau toi en VF). Écrit et réalisé avec brio par l’acteur japonais Yusuke Kobayashi, le clip s’achève sur une foule de mannequins portant la collection aux quatre coins du monde.

 

Peu de créateurs ont habillé autant d’artistes que le vieux maître japonais Yohji Yamamoto, qui a tenu à faire défiler sa dernière collection, en précisant même la composition de ses tissus à côté des mannequins. Une vidéo un peu sombre, une musique mélancolique encadrent l’esprit militaire chic du grand créateur, ses manteaux en Tencel, triacétate et polyester divinement brodés, tous fermés par des boutons ovales en forme d’yeux. Et, bien sûr, une nouvelle version, toujours aussi brute, du standard “Walking Blues”. Yohji Yamamoto coupe toujours avec la précision d’un chirurgien, et quand l’envie lui prend, il joue comme Neil Young.

Rick Owens a choisi l’option la plus simple, mais parfois ce sont les meilleures. Deux caméras de surveillance capturant l’ambiance d’un essayage intimiste avec un seul mannequin — cheveux blonds et longs et corps sculpté —, le tout accompagné de bruit blanc et de sons industriels en arrière-plan. Pour l’été 2020, une certaine idée du travail de la mode à l’ère de la distanciation sociale. Il est difficile de dire grand-chose sur les vêtements, mais visiblement, les deux hommes ont passé un bon moment. 

Cool TM, un label indépendant basé en France, a adopté une approche originale en envoyant aux journalistes des casques de réalité virtuelle. On y insère son téléphone portable pour découvrir une sorte d’expérience augmentée et en 3D de la collection. Mais sur la plateforme de la Fédération, on voit mieux les chemises en tartan, les costumes de rocker pour l’heure du cocktail, les cardigans à carreaux, les trench-coats surdimensionnés portées par des garçons et des filles. La vidéo a été tournée dans un vieil entrepôt délabré, visiblement une zone libre de toute distanciation sociale, se transformant même soudainement en une boîte de nuit débridée, digne de Tony Montana.

 

On a été surpris par l’esthétique à la fois rock ‘n’roll et chic d’Amiri. Le designer irano-américain Mike Amiri propose un mélange de glamour rétro à la Steve McQueen et de sportswear façon Bjorn Borg qui a tout pour séduire. Mais le texte de sa vidéo, Welcome Home, était particulièrement gênant. Une série interminable de compliments obséquieux de la part de fashionistas et de grands acheteurs. Malgré cela, les plans larges sur la ville et les plans serrés sur les détails de la collection étaient superbes, et sa voix était douce comme un tequila sunrise au coucher du soleil sur Sunset Boulevard.

La marque Ernest W Baker, originaire du Portugal comme son nom ne l’indique pas, a présenté la plus charmante des contributions à la Fashion Week. Pour leurs débuts officiels à Paris, Reid Baker et sa partenaire Ines Amorim ont dévoilé une vidéo réjouissante, remplie de vieilles images de famille en Super 8 tournées par leur ancêtre, Ernest W. Baker Jr, né en 1926.

“J’ai des enfants et des arrière-petits-enfants merveilleux. La vie a donc été sacrément belle pour moi”, commente ce vieux monsieur de la mode. Dans la vidéo, on voit ensuite ces “petits-fils” aux cheveux hirsutes parader sur une plage, vêtus de costumes cintrés, de chemises disco ou d’élégants blazers.

La nostalgie est également un thème récurrent chez Uniforme, dont les fondateurs Hugues Fauchard et Rémi Bats évoquent leur jeunesse, passée pour l’un des deux chez les scouts — parfois considérés en France comme une école préparatoire au conservatisme catholique. Mais dans la vidéo, les deux créateurs rappellent avec tendresse le sens de la “fraternité, de la camaraderie, du partage” qui règne dans l’organisation, et réaffirment leur amour des uniformes. Les vêtements eux-mêmes sont empreints d’une forme de nostalgie, mais avec une touche contemporaine, comme ce très beau short à pinces.

L’émouvante vidéo est intitulée Be Prepared. Ironie du sort, peut-être : le mois dernier, de nombreuses voix se sont élevées pour faire déboulonner une statue du fondateur des scouts, Robert Baden-Powell, à Poole, en Angleterre, car l’homme est aujourd’hui critiqué pour ses prises de positions homophobes et pro-fascistes. La devise de Baden-Powell ? “To Be Prepared” (“Sois prêt”)…

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